Folle dame qui m'a donnée naissance, je l'ai quittée encore bébé pour
aller rencontrer mon grand amour qu'est la Bretagne. Si bébé que je n'ai pas le souvenir de ces moments passés dans ces entrailles, dont je suis sortie à quatre mois. St Vincent de Paul fut ma
toute première chambre, celle dans laquelle j'ai poussé mes premiers cris mais c'est le 14ème arrondissement qui a entendu mes premiers éclats de rire lorsque mon fox terrier me chatouillait les
pieds pour me consoler de gros chagrins.
Puis je suis partie. Pas mon fox qui mourra d'avoir quitté la capitale. J'ai retrouvé Paris de temps à autres, lorsque j'allais voir mon parrain et ma marrainne qui vivait toujours à sa porte, à Sèvres. A 12 ans, lors d'un séjour de deux jours dans ma ville de naissance, j'embrassais Notre Dame et Le Sacré Coeur et explorais l'artère égyptienne du Louvre. Je me noyais dans Montmartre sous une chaleur à faire fondre mes tennis, je ris face aux statues humaines qui ne bougeaient que lorsqu'on leur donnait une pièce. Puis je me laissais prendre par la sensualité de ses lumières et de ses nuits. Paris By Night, Paris lumineuse, Paris étoilée. Dernière escale avant départ. Retour en province pour de nombreuses années.
C'est à 19 ans que brièvement, je la retrouvai. Arrivée Montparnasse et départ, trois heures plus tard St Lazare. J'en profite pour apprécier les alentours, la galerie et les rues, mais pour cela je dépose mon énorme et encombrant sac de voyage dans les casiers. Je me sens brusquée par ces personnes très peu aimables qui y travaillent. Puis une femme aux allures d'Esmeralda m'accoste et veut lire gratuitement les lignes de ma main. Naivement j'accepte, puis elle souhaite me libérer d'un "mauvais sort" et bien-sûr pour cela, il faut payer. Je refuse, elle insiste, je reste ferme. Ensuite, la jeune voyageuse solitaire que je suis, rencontre un jeune et nous commençons à discuter. La foule est tout autour, mais le jeune insiste pour s'isoler avec moi, je refuse, ça ne m'intéresse pas. En plus, je souhaite profiter de Paris, et non d'un inconnu dont je me moque et que je commence à craindre. Il s'énerve et me traite de parano. Je récupère mon sac, rejoins la ligne de métro en hâte d'arriver à St Lazare.
Décembre 2008, je retrouve Paname. Rencontre plus agréable que la précédente. Je voyage désormais léger (un sac à dos pour remplacer l'énorme sac à roulette). Je suis accompagnée de mon parrain pour rencontrer un couple de femmes et leur bout de chou pour la réalisation de mon mémoire. Nous passons devant un magason de bottes. Celles en peau de croco. 3000 euros la paire. Mon parrain rêve, moi j'hallucine. En face, un autre magasin de chaussures plus banales. Promo. 5 euros la paires. Je rigole. Budget "Professeur-e des Universités" d'un côté, budget "étudiant-e" de l'autre. 3000 euros pour avoir deux crocodiles sur les pieds, cela n'était pas vraiment mon monde. Les rues de Paris sont belles et nous profitons d'un restaurant japonais délicieux. Café Beaubourg. Nouvelle surprise. Tous les sièges sont tournés vers l'extérieur comme au cinéma. "Un spécialité parisienne" m'explique mon parain, "pour les célébrités", "pour se faire voir". Trois euros l'expresso, c'est un autre monde. Je rencontre ces femmes, elles parlent cinéma et tournage avec mon parrain. Je me sens toute petite dans ce milieu artiste et select. Nous allons chercher le bout de chou à la maternelle, puis l'une des femmes et moi-même nous isolons dans un café pour mon mémoire. Quatre euros le jus d'orange, je n'ai jamais vu ça. Dixième arrondissement, quartier bourgeois, dans le Marais, quartier "homo". Soirée très agréable et riche en découverte et rencontre. Je rentre à la gare St Lazare, très heureuse, toujours avec cette impression de fossé entre mon monde et celui que je viens de cotoyer.
Février 2010, cette fois-ci, je ne voyage pas seule. Ma meilleure amie est avec moi, nous sommes nées dans le même arrondissement de Paris et cette fois-ci, nous allons dans l'Est de la France. Arrivée Paris Montparnasse, changement une heure et demi plus tard à Paris Est. Bloquée du dos et sous médoc, mon amie est littéralement défoncée et c'est avec fous rires sur fous rires que nous atteignons notre deuxième train. Nous prenons les tikets de métros à bord de notre premier TGV. 1,80 euros au lieu de 1,20... Pas de surprise et cela nous fait gagner du temps. Pas de chance ! Celui de mon amie ne marche pas du premier coup, et composté, il ne peut être validé une seconde fois... Par chance, nous avions les tikets du retour en réserve. Gloups, 1,80 euros qui s'en vont... A Paris Est, nous nous écroulons et je mange un sandwich mais comme je suis très gourmande, je reprendrai un repas deux heures et demi plus tard à Metz. Toujours sous médicaments, mon amie me demande : "On dit "les provinciaux" ? ... (moi) Oui... (elle) Je sais. je disais juste, c'était pas une question" Nouvel éclat de rire des deux voyageuses. Nous nous attardons ensuite dans une boutique souvenir : Boule de neige avec la Tour Effel dedans, Tour Effel en peluche, Tour Effel à aimanter sur le frigo, Tour Effel en porte clef, Tour Effel à la plage, Tour Effel fait du ski, Tour Effel à Paris... Bref, trop de Tours Effel tuent les Tours Effel, mon amie s'achète des News (traduction pour les non-fumeurs qui fréquentent des non-fumeurs : cigarettes blondes) et direction le quai de gare. Là, mon amie se dirige vers un train. Je jette un oeil au panneau des trains à destination de... Pas de voie pour celui de Metz. "Tu vas où ?... Je vais prendre le train... Mais on ne sait pas lequel c'est... Ah oui ! J'avais vu celui-là, j'allais prendre celui-là !" Nouveau fou rire, elle est tout à fait consciente de l'état dans lequel elle est. Puis surprise, elle me confie qu'elle voit toujours le même homme passer dans le même sens devant nous sans jamais avoir l'air de faire demi tour... Bizarre... Quelque chose de terrifiant à Paris comme dans l'Est : des militaires partout !!! Avec treillis, berets rouges et mitraillettes... Nous en avons peur... Et ils sont nombreux... Plan vigipirates ! A bord du train, mon amie s'endort et nous partons vers Metz.
Retour de Metz. Paris Est. Métro ligne 4. Blindé. On attend le suivant. Blindé aussi mais on arrive à rentrer. Je fixe les arrêts pour oublier mon agoraphobie et pour pouvoir respirer. Mon amie donne des coups de talons à un mec qui ne semble plus savoir où poser ses mains. Paris Montparnasse, nous descendons soulagée du métro et réalisons à quel point une habitude quotidienne et vitale dont on ne se rend même plus compte comme RESPIRER devient agréable dans des moments comme celui-là. "Un voyage dans le métro" ou "Dans la peau d'une sardine"... Je me rends compte que contrairement à Rennes, je ne peux pas donner mon tiket de métro à quelqu'un d'autre. Et dis donc ! On n'est pas chez les cocos ici !! Nous attendons dehors, l'arrivée de notre train. Mon amie fume. Et nous concluons que Paris c'est bien en week-end ou en vacances mais pas pour y vivre.
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Un poison coule dans mes veines
Au milieu des flocons, une plume s'est cachée
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